Le Beyrouth de Jinane Dagher & Sabine Sidawi, productrices

Entretien et photos (sauf mention contraire): Jasmin Basic

Sabine Sidawi et Jinane Dagher sont les wonder women à l’origine de Orjouane productions, une des plus importantes sociétés de production libanaises, fondée en 2007 – en action tant dans la fiction que dans le documentaire. Elles ont travaillé avec de nombreux cinéastes parmi lesquels Danielle Arbid, Jihane Chouaib, Mai Masri, Robert Guédiguian, Maher Abi Samra ou encore Olivier Assayas.

Comme l’évoque Jinane, qui a découvert Beyrouth assez tard, ayant grandi ailleurs au Liban avant de partir étudier en France: « On a souvent un rapport amour-haine avec cette ville. On dit parfois que c’est le poison de ce pays : les gens veulent partir mais pour finir ils y restent. »

Voici leurs endroits à Beyrouth…

La grotte aux pigeons à Raouché

©JBasic

Sabine : « Dans de nombreux films égyptiens que je regardais quand j’étais petite il y avait ce rocher, du coup c’est devenu mon symbole du Liban. Et maintenant, chaque fois que des gens viennent me rendre visite, je les amène là-bas, préférablement dans un bateau en mer, pour passer tout près du rocher, comme dans une des scènes de ces anciens films égyptiens. »

Les motards fous

© Danielle Arbid
Wheeling sauvage sur les routes de Beyrouth ©Danielle Arbid

Sabine : « Ce sont des jeunes qui font des acrobaties en moto, entre les voitures, au milieu du trafic, sur la route de la Corniche en allant vers l’aéroport ou encore sur l’autoroute. C’est de la folie, évidemment c’est interdit mais cela se passe régulièrement depuis plusieurs années, surtout en fin de semaine. Cette manière de défier le danger, cette vitesse et excitation ressemblent beaucoup au Liban et c’est pour moi très emblématique d’une société qui vit on the edge »

Le Luna Park et le café Al-Rawda

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Jinane : « La roue de ce vieux Luna Park existe depuis que je suis petite, peut-être même depuis plus de temps encore. Pour moi c’est un vrai lieu de résistance, on se demande toujours pour combien de temps cela va tenir encore. Juste à côté, le petit chemin mène au Café Al-Rawda, une véritable institution: beaucoup de Beyrouthins y vont, c’est très mélangé, on y retrouve intellos, acteurs etc. Quand j’étais plus jeune, on y allait le matin tôt directement après les nuits de fête… ». Sur la Corniche, Manara

©JBasic
Un aperçu du légendaire Café Al-Rawda

Le glacier Hanna Mitri

glacierhanna1jbasicJinane : « J’avais découvert ce glacier quand j’habitais à côté, dans le quartier de Achrafieh, dans un palais de rêve. Le patron de ce tout petit magasin était un vrai personnage, bourru et grincheux, il engueulait régulièrement les clients indécis. Ses glaces sont tout simplement à tomber, des goûts comme pistache, mastic ou abricot vous hanteront à jamais et n’ont pas encore trouvé de rivaux!

Sa recette unique était son secret le mieux gardé, au point que, même sur le lit de mort, il ne l’a même pas transmise à son fils, qui a repris le magasin (et qui entre-temps a trouvé ses excellentes recettes à lui, plutôt à la hauteur du feu maître glacier). » Rue Mar Mitr, entre Charles Malek et Naccash, Achrafieh

©JBasic
L’incomparable glace de Hanna Mitri, du fait maison et secret à 100%

L’horloge de l’esclave

horloge2jbasic

Sabine : « Cette grosse montre a du beaucoup se faire trimballer: elle avait d’abord été mise au centre-ville, ensuite on l’a déplacée à Achrafieh et maintenant elle se trouve dans le quartier de Downtown. Mais avant toutes ces errances urbanistiques, elle était sur la route de l’aéroport: c’est à ce moment que elle faisait partie de mes références car c’était pratiquement la dernière chose que l’on voyait en quittant le Liban et aussi la première en arrivant. »

Le quartier de Hamra et le Metro al Medina

©JBasic
En plein coeur de Hamra by night

Jinane : « Le centre-ville pour moi c’est ici — plus particulièrement la rue Hamra le soir — pleine de vie et d’effervescence. Hamra c’est aussi toute l’histoire du Liban, les manifs, la résistance, c’est la partie de la ville qui a continué à combattre. C’est aussi ici qu’il y a le Metro al Medina, un lieu que je trouve exceptionnel et qui a su donner à travers les concerts de musique et les pièces de théâtre un nouvel élan à la ville. Ce local arrive à réunir un public varié et est devenu un endroit très populaire avec une ambiance unique qui me rappelle le Hamra d’avant guerre.

Le show Hishik Bishik à Metro al Madina.
Le show Hishik Bishik à Metro al Madina ©MetroMadina

La statue de Bechara el Khoury

©DR.
©RRafei

Jinane : « Perdue au milieu des voitures, elle se trouve dans un no man’s land qui raconte beaucoup du pays: au milieu d’une route, entre les quartiers de Sodeco et Basta, sur la ligne de démarcation. La statue avait été détruite mais elle a ensuite été refaite. Je lui trouve quelque chose de touchant car normalement les statues subliment leur sujet tandis que celle-ci est drôlement disgracieuse. »

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